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Ceci est une chaise (ou la créativité en action)

Ceci est une chaise

Tout le monde s’accorde à dire que la compétence numéro 1 à développer, ce n’est pas une énième compétence technique, mais plutôt la capacité à imaginer et créer, la créativité. Ce sont les idées qui amènent l’innovation technologique et pas l’inverse. Face à des défis climatiques, énergétiques, environnementaux, les idées feront la différence. Arrivés à l’âge adulte, on nous encourage à penser ‘out of the box’, à innover, à être force de proposition. C’est comme si on pensait qu’il suffisait de mettre des gens dans une pièce pendant quelques heures pour que la machine à idées s’active. Penser véritablement hors des sentiers battus, inverser l’alphabet (parce qu’après tout, pourquoi pas ?), chambouler les vérités, impliquent une totale liberté. Cette liberté, elle est innée chez les enfants. Cette liberté, on la voit tous les jours quand un enfant de 4 ou 5 ans remet en question nos vérités absolues en questionnant la part du monde qu’on considère comme inébranlable. Et puis, petit-à-petit l’enfant intègre l’ordre en place jusqu’à ne plus se poser aucune question. Pour finalement être autoriser à repenser au détour d’une réunion de brainstorming, 20 ans plus tard, pour augmenter les ventes de parapluies à Tahiti.

Que faut-il pour développer la créativité ?
Plutôt que la développer, il s’agit en fait de ne pas l’étouffer. Elle est là, chez chacun d’entre nous. Elle s’est manifestée à quelques reprises et puis s’est résignée à se taire. La curiosité, l’imagination sont déjà dans la boîte à outils de tous les enfants. Il suffit de les voir avec l’emballage des cadeaux. C’est un constat bien connu qui désespèrent tous les parents. Les enfants sont plus attirés par le papier, un bout de ficelle et un élastique que par l’objet emballé. Que cela nous apprend-t-il? Que nos grandes catégories d’objets dignes d’intérêt, établies par les adultes, ne sont pas les mêmes pour les enfants. C’est comme l’enfant qui s’arrête dans la rue pour contempler un camion-benne. Aucun intérêt pour les yeux de l’adulte. Et pourtant à ce moment-là, l’enfant est totalement concentré, il admire le camion, ce qu’il peut porter, comment l’engin fonctionne. C’est tout un monde qu’il se construit à ce moment-là, son monde. Mais ce spectacle (gratuit!) n’est pas digne d’intérêt pour l’adulte. Notre point de vue d’adulte a déjà catégorisé tous les objets du monde et en a fait deux catégories : ceux qui ne sont pas des jouets et ceux qui sont des jouets. L’enfant doit jouer avec des jouets. Terrible mot. Terrible sentence.

Alors comment changer le paradigme en place ?
1 – on est ouvert d’esprit : ce que l’on ne considère pas amusant ni digne d’intérêt, le sera peut-être pour l’enfant. L’enfant aura tendance à se calquer sur le jugement de l’adulte. Notre rôle est d’observer, pas de juger, ni de rectifier à tout prix (un dessin, une construction…) avec le fameux ‘regarde, c’est comme ça’.

2-  on accepte les détournements et on les encourage ! Prendre l’habitude de se poser la question avec l’enfant de ce qu’on pourrait fabriquer avec un emballage du quotidien par exemple. Cela sous entend un espace d’exploration peut-être un peu désordonné, qui ne rentre pas dans les boites de rangement, surement. Mais ce moment où l’enfant va tourner l’objet dans tous les sens, le triturer, rajouter du collage, des dessins, il sera véritablement dans un processus de création.

3 – on tatônne, on bricole, on avance, on change d’avis. La création ne suit pas un développement linéaire. On fait, on hésite, on refait différemment, dans tous les cas, on encourage et on salue le process, les efforts plutôt que le résultat.

La créativité mérite toute notre attention et par là, chaque intérêt témoigné par l’enfant.